Le jour où je suis devenue une parange

Hier avait lieu la journée du deuil périnatal. Mon enfant n’est pas mort in vitro donc je suis une parange. Il n’existe pas de journée de deuil d’enfants.

«Quand un enfant perd ses parents, il est orphelin. Quand un mari perd sa femme, il devient veuf et, réciproquement veuve. Mais quand un parent perd son fils ou sa fille, il n’existe rien» de Nadia Bergougnoux

Le jour où ma vie de maman a basculé

Le 30 août dernier, mon fils Louis est mort dans un incendie survenu chez mes beaux parents. En moins de 5 min, cet enfant de 3 ans s’est endormi à jamais, intoxiqué par les gaz issus de l’incendie.

Depuis ce jour, je suis passée par différentes étapes du deuil.  

Le choc de l’annonce quand les gendarmes sonnent à ta porte un vendredi soir pour t’annoncer que tes enfants qui étaient chez leur grands-parents en Normandie,qu’il y a eu un accident un incendie que ton fils aîné va bien mais que ton petit Louis de trois ans est décédé.

Ensuite, j’ai beaucoup pris sur moi afin d’ être forte pour mon mari pour mes deux enfants qui étaient encore avec nous. Je me devais d’être courageuse d’être forte pour maintenir cette famille brisée,à flot. J’ai organisé l’inhumation de Louis j’ai voulu prendre part à cette organisation pour bien se sentir utile et j’ai vraiment réalisé qu’il était parti. Peu après ça j’ai repris le travail en me disant que retrouver un cadre bienveillant où mes collègues connaissaient ma situation allait m’aider à reprendre une vie entre guillemets normale. Un quotidien où le deuil de Louis ne serait pas toujours présent. Mais peut-être que j’avais surestimé ma force à surmonter cette épreuve car oui c’est une épreuve de perdre son enfant de trois ans de façon brutale accidentel.

Il a suffit juste d’un film un jeudi soir pour que mes nerfs craquent, que mes émotions reprennent leurs droits. J’ai fait un séjour dans un centre d’accueil de crise au chu de Lille afin de prendre soin de moi, de comprendre ce qui m’arrivait et adapter surtout des médicaments pour m’aider à surmonter ça.

Aujourd’hui nous avons la chance d’être très bien entouré de notre famille et de nos amis proches pour nous aider. Il est vrai qu’au début j’ai du mal accepté ses mains tendues vers moi alors que je suis plus quelqu’un qui donne et qui il n’a pas l’habitude de recevoir.  Je ne voulais pas que les gens aient de la pitié pour moi. En fait je me suis rendu compte que même si ils m’aidaient moi, ça leur permettait de surmonter ce drame à leur façon. En revanche, les personnes qui par mécanisme de protection ne souhaitent pas évoquer Louis, ces personnes sont néfastes dans mon processus de deuil et je dois m’éloigner d’elles. Je suis quelqu’un de très sensible, très dans l’empathie. Du coup, je dois mettre des mots sur mes émotions, parler de Louis, des souvenirs heureux que nous avons avec lui. Ça fait parti de mon processus de deuil.

Depuis la mort de Louis nous lisons beaucoup de livres sur le deuil en général sur le deuil d’enfants, des livres de témoignages. Il y en a un tout particulièrement qui nous a bouleversé c’est celui d’Anne-Marie Revol nos étoiles ont filé.Elle aussi a perdu deux jeunes enfants dans un incendie chez ses parents à elle pour les vacances en 2008. Il y a beaucoup de similitudes dans nos deux histoires c’est pour cela que ce livre nous a davantage touchés. À travers ce livre je l’ai trouvé tellement forte dans cette épreuve. Et là en ce moment je me sens si faible. Le manque de Louis se fait tellement sentir de plus en plus fort chaque jour. Je sais que pour Henri et Martin, mes enfants toujours présents, je me dois d’être forte pour eux, pour mon mari.

Mon généraliste comparait ma vie un puzzle maintenant. À nous maintenant de remettre chaque pièce à sa place afin d’atteindre un bonheur certes différent mais un bonheur quand même. Seul le temps nous permettra de faire notre deuil de la mort de Louis.

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